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lundi 08 juin 2015
Toute la misère du monde

"HUMŒURS"

Des articles d'étudiants, formateurs, adhérents ou sympathisants de l'EFPP sur leur vision du monde et de l'actualité, leurs révoltes, leurs idées, leurs espérances. "Humœurs" c'est la psychanalyse, la psychothérapie qui ressent, écoute, regarde, goûte, réfléchit, s'incarne au travers de chacun des auteurs de ces chroniques sur notre monde.

 

 

Toute la misère du monde

 

 

En Méditerranée, se multiplient les naufrages de bateaux et, plus souvent, d'embarcations de fortune, radeaux de la Méduse chargés de malheureux émigrants qui, fuyant la guerre, le fanatisme religieux et son cortège de persécutions, ou tout simplement la misère économique et sociale, tentent une périlleuse expédition. Leur destination : l'Europe qui, bien que nous, qui y vivons, n'en soyons pas toujours conscients, miroite à leurs yeux comme un eldorado.

 

Depuis la Libération, les Cassandre se sont succédé, qui ont essayé de nous mettre en garde contre un égoïsme suicidaire ; mais qui se souvient encore d'Alfred Sauvy ? Le fondateur de la démographie moderne, en 1987, prophétisait qu'à l'horizon 2015 "les besoins des hommes ne seront couverts en aucun pays, d'aucun régime". On pourrait excepter, en première approximation, les quelques oasis que constituent, par exemple, les paradis fiscaux. Ce serait oublier que même ces pays-là ne se maintiennent que par l'esclavage moderne, qui exempte leurs nationaux de toute besogne "subalterne" : Luxembourg, Suisse, Bahamas, îles Caïman ou anglo-normandes, mais aussi Oman, Qatar, Brunei, etc., ne vivent, comme la Rome des débuts de notre ère, que de l'argent des uns et du travail des autres. On sait comment elle a fini !

 

Travail, denrée qui se raréfie même dans nos contrées, et à la recherche de laquelle affluent pourtant ces myriades, toujours plus nombreuses, de désespérés. Désespérés au point d'endurer les sévices de passeurs mafieux, de se faire dépouiller de leur maigre pécule et de se vendre eux-mêmes pour le reconstituer, de l'abandonner à nouveau pour une demi-place sur un canot pneumatique, sans capitaine et sans gouvernail, avec toujours, pour seule boussole, une obsession : survivre. Atteindre les côtes européennes, déjouer de nouveaux périls, tromper la surveillance des gardes-côtes, des polices aux frontières, échapper aux contrôles d'identité, guidés par l'espoir d'une vie qui, pour leurs enfants, ne pourra être que meilleure.

 

"Ce qui ne me tue pas me rend plus fort" : Nietzsche aurait apprécié l'éclatante démonstration de son aphorisme, à laquelle nous, occidentaux, assistons, incrédules, impuissants, tétanisés, incapables que nous sommes, à la fois individuellement, par une piètre cupidité qui nous conduit à essayer de protéger la peau de chagrin qui nous reste, et qui pourtant fond sous nos yeux, et collectivement, par l'absence de toute imagination, de toute audace, chez nos dirigeants politiques (mais, en démocratie, n'a-t-on pas les dirigeants politiques que l'on mérite ?).

 

Les rescapés de cette odyssée ne constituent-ils pas la souche d'une humanité régénérée ? Derrière eux, au pays, ceux qui attendent subsistance, protection contre la guerre, contre la maladie, sauvegarde de l'extermination, garantie d'une vie paisible... Toutes choses qui, c'est désormais certain, ne viendront jamais de l'extérieur. À l'opposé, géographiquement et psychologiquement, ces pionniers prêts à payer de leur vie la simple hypothèse non tant d'un avenir meilleur mais simplement d'un avenir, n'illustrent-ils pas, sous nos yeux, la mise en œuvre d'une forme de sélection naturelle : l'émigration ?

 

MicheL